L'accueil d'urgence, qu'il soit hivernal ou à l'année, constitue souvent une possibilité d'accroche des publics en difficultés pour les amener vers un soutien à plus long terme et engager des démarches de mieux être ou d'insertion. Pour cette raison, nos associations défendent des accueils d'urgence associés à des moyens d'accompagnement. Cette position doit être maintenue, elle facilite la mise en oeuvre du principe de continuité.
Face à la demande d'asile grandissante et à sa non prise en compte par l'Etat contrairement à ses obligations, la tentation est grande d'opposer l'accueil humanitaire et l'accueil d'urgence/accompagnement. Il y a ainsi tentative de culpabilisation des associations : le manque de place serait un problème de moyens, revendiquer de l'accompagnement reviendrait dans un budget limité à réduire le nombre de personnes pouvant être accueillies. Cette dérive des responsabilités n'est pas acceptable. Nous ne pouvons confondre le principe, souvent avancé, de réalité budgétaire avec le choix d'une politique sociale et de répartition des richesses.
Les personnes sans solutions d'hébergement sont de plus en plus nombreuses, la fin proche du dispositif hivernal inquiète l'ensemble des réseaux associatifs. Nous alertons les services de l'Etat, mais nos relations se crispent et un dialogue de sourd s'installe : l'Etat parle de ce qui a été fait, les associations de ce qui reste à faire. Nous insistons sur le caractère insupportable du manque de place adapté, l'Etat nous fait part « des efforts importants mobilisés » en s'étonnant que nous ne lui en sachions pas gré.
Nous pouvons, comme les trois singes de la sagesse (!), ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire... pour ne rien faire par crainte du fameux « appel d'air ». Mal accueillir ou ne pas accueillir du tout découragerait les arrivées ou ferait « reprendre le bateau » ? Outre l'augmentation actuelle de la demande d'asile, les révolutions en cours en Afrique auront à court terme des incidences fortes sur les phénomènes migratoires. Gérer (ou plutôt ne pas gérer) le dispositif d'urgence à partir de la crainte fantasmatique de l'appel d'air et l'espoir que les arrivées se fassent chez le voisin serait une erreur d'appréciation et de gestion du dispositif par manque d'anticipation et poserait les bases d'un problème humanitaire d'importance.
La FNARS, à ses différents niveau de représentation, départementale, régionale et nationale s'est souvent positionnée comme partenaire de l'Etat. Elle a participé au chantier de la refondation et son directeur en a co-présidé l'un des groupes de travail. L'une des décisions a été de réaffirmer les principes fondamentaux des dispositifs d'hébergement et une évolution qui se ferait dans le respect de l'inconditionnalité de l'accueil. Les principes d'inconditionnalité et de continuité sont rappelés dans plusieurs textes de loi (loi MOLLE) et circulaires (DGAS/LCE 1A/2009/351 du 9 décembre 2009, Circulaire D10006928 du 8 avril 2010...) Après ce travail FNARS/Etat, avec la référence régulière à la loi 2002-2 sur le droit des usagers « au centre des dispositifs », comment accepter de devoir déroger à une loi qui donnerait « des principes mais ne peut être réellement appliquée » ?
En raison de la pression de la demande et d'une offre d'hébergement qui ne satisfait pas le besoin, il est demandé de trier parmi les publics, de définir des critères d'accueil de l'urgence. Le manque de places et de moyens conduit à une mise en concurrence malsaine entre publics. Il met sous tension les partenaires associatifs, qui doivent gérer leurs contradictions entre services orienteurs à la recherche de places, hébergeurs avec leur souci « d'équilibre des structures » et services d'accompagnement dont les publics « ne sont pas suffisamment pris en compte ».
Il faut revenir à nos valeurs et nos principes. Cela tombe bien, ils sont en cohérence avec la loi.
* citation de Paul BOUCHET





