Le « Logement d'abord », réfléchir sans moyens ou pas moyen de réfléchir ?

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La politique du « logement d'abord » introduit ou confirme plusieurs évolutions et changements.

En premier lieu, la dissociation de l'hébergement et de l'accompagnement socio-éducatif : le Centre d'Hébergement et Réinsertion Sociale « classique », comme l'indique son nom est un modèle intégré d'hébergement et d'intervention sociale. Le référentiel coût-prestation (circulaire du 10 juillet 2010) des Études nationale et régionale des Coûts indique 5 grandes fonctions : héberger, accompagner, alimenter, administrer et gérer. Dans le cadre de la politique du Logement d'abord, l'hébergement est une prestation parmi d'autres mais elle est aussi la plus interrogée : elle coûterait cher et serait peut efficiente puisque les études (européennes et anglo-saxonnes) montreraient que les échecs seraient plus nombreux pour les personnes passées par l'hébergement que pour les personnes directement orientées vers le logement.

parcours classique

Ensuite, le dispositif hébergement associait parcours individuel et parcours résidentiel. Au milieu des années 1990, nous avions ainsi modélisé des parcours « types » : un demandeur effectuait (avec l'aide de son référent social) une demande d'hébergement et en fonction de ses besoins, était orienté vers l'offre d'hébergement qui correspondait le mieux. Il effectuait ensuite soit un parcours simplifié (transitoire puis logement, CHRS puis logement...) soit connaissait une suite d'hébergement (urgence, temporaire, CHRS ou transitoire puis logement). Dans le cadre de la politique de refondation, le logement devient un préalable et non plus l'un des objectifs de l'accompagnement. L'hébergement est subsidiaire et dans cette logique, pourrait progressivement diminuer en nombre de places et évoluer dans sa mission pour se positionner essentiellement sur l'urgence sociale. Les demande d'adhésion minimale, d'acceptation de l'accompagnement socio-éducatif seraient alors remplacées par le principe d'inconditionnalité.

Le préalable du logement vient modifier les modalités d'intervention auprès des publics accueillis en CHRS. L'ascenseur social est en panne et le réparateur sonne occupé. Les perspectives de « promotion sociale » sont limitées et l'accès au logement constitue l'une des balises les plus tangibles des résultats de l'accompagnement. Avec le préalable du logement disparaît l'objectif commun du travailleur social et de la personne accompagnée qui constituait une base évaluative plus facile à identifier que le « mieux être », « une situation familiale stabilisée », … une « insertion professionnelle » souvent limitée à des emplois précaires et peu rémunérés, un accès à des droits (RSA, AAH...) maintenant les ménages sous le seuil de précarité.

Nous pouvons difficilement contester le fondement de la politique du « Logement d'abord ». Adapter les dispositifs d'hébergement aux personnes et non l'inverse, le Relais Ozanam l'a revendiqué depuis de nombreuses années avec le collectif FNARS (schéma départemental de l'hébergement en 2002 par exemple...). Faciliter l'accès au logement pour tous, nous l'avons aussi défendu à travers nos grands réseaux nationaux (FNARS, FAP...) mais aussi par une militance locale (UTPT, CSHI, Comité suivi DALO...).

logement d'abordLes orientations de la politique de refondation nous obligent donc à revisiter nos projets d'établissement et la place des CHRS dans le système d'aide sociale. Que faire de l'hébergement ? Quelle différence entre logement et CHRS dans le diffus et accompagnement CHRS directement dans le logement ? En quoi un CHRS « regroupé » constitue un cadre rassurant et contenant ? Comment, en développant des locaux collectifs, travailler sur la question du lien social ?

La pratique d'intervention sociale directement dans le logement, nous ne la découvrons pas. Nous pouvons nous appuyer sur notre expérience des services de suite CHRS, de l'accompagnement social lié au logement, du dispositif de prévention des expulsions et des impayés de loyer, par le travail effectué depuis 2006 par l'équipe de la Pension de famille, par l'expérimentation par La Place des « circuits courts de la rue au logement ». Notre cœur de métier est l'accompagnement, tous les dispositifs et de solvabilisation mis en place en constituent les outils.

Les contraintes budgétaires, la baisse des moyens alloués aux CHRS ne nous permettront peut être pas de fonctionner à hauteur des ambitions de notre projet associatif et de nos projets d'établissement. Dans ce contexte, notre marge de manœuvre est limitée mais il nous faut autant que possible « reprendre la main », reprendre à notre compte les réflexions sur le logement d'abord et les éclairer à la lumièr ede notre propre expérience.